Le Mistral, le vent qui façonne le Sud
On l'entend avant de le sentir. Un volet qui bat, un store qui claque, puis le ciel qui se vide d'un coup. Le mistral n'est pas un détail de bulletin météo en Provence : c'est une donnée du paysage, au même titre que le relief.

Le vent maître
Le nom dit déjà l'essentiel. « Mistral » vient de l'ancien provençal maestral, le vent magistral — formé sur maître, du latin magister. Celui qui commande aux autres vents.
C'est un vent violent, froid et sec, qui descend du nord ou du nord-ouest par la vallée du Rhône, balaie la Provence et sort sur le golfe du Lion. Son trait le plus reconnaissable n'est pas sa force mais ce qu'il laisse derrière lui : un ciel lavé, une lumière si nette qu'on croit la Méditerranée plus proche qu'elle ne l'est.
Ce qu'il a dessiné
Un vent qui revient régulièrement finit par se voir dans le bâti. Les mas tournent le dos au nord et n'ouvrent presque rien de ce côté-là. Les rideaux de cyprès plantés en rangs serrés ne décorent pas les champs : ils les abritent. Les arbres isolés, eux, penchent.
Les habitudes suivent. On choisit sa terrasse selon le côté d'où il souffle, on range ce qui traîne, on sait que trois jours de mistral valent mieux qu'une semaine de grisaille. C'est un vent qu'on maudit en le remerciant.
Ce qu'il donne à voir
Pour qui dessine ou photographie, c'est lui qui fait le travail. Le mistral enlève la brume, durcit les contours, sature les couleurs : les rochers deviennent francs, la mer passe au bleu profond, les feuillages d'oliviers virent à l'argent sous la bourrasque.
C'est cette netteté-là qui a donné son nom à la collection Mistral : des illustrations au trait, sans aplats mous, où le paysage est mis en mouvement plutôt que posé.
Il y a deux façons d'habiter un endroit venté : s'en plaindre, ou s'organiser autour. La Provence a choisi la seconde il y a longtemps, et cela se lit encore dans ses haies, ses murs et ses fenêtres.