Trois vents

Mistral, tramontane, marin : comment les distinguer

Dans le Sud, dire « il y a du vent » ne suffit pas. Selon celui qui souffle, on sort les lunettes de soleil ou le parapluie. Voici de quoi les reconnaître.

Un coupe-vent blanc posé à plat sur la pierre, sous l'ombre d'un olivier

Les trois, en une phrase chacun

Deux descendent du nord et assèchent tout, un remonte de la mer et apporte la pluie. C'est la distinction utile ; le reste est affaire de géographie.

Le mistral
Froid et sec, il descend la basse vallée du Rhône et balaie la Provence. Il doit l'essentiel de sa force à cette vallée : l'air froid qui s'écoule vers la Méditerranée entre le Massif central et les Alpes s'y trouve canalisé, donc accéléré. Sa direction change selon qu'on se place à l'est ou à l'ouest du Rhône.
La tramontane
Même famille, autre couloir. Froide, sèche et souvent turbulente, elle s'engouffre entre les Pyrénées et le sud du Massif central, et concerne surtout le Languedoc et le Roussillon, où elle souffle avec un caractère réputé plus nerveux encore.
Le marin
L'inverse des deux autres. Il vient du sud-est, traverse la Méditerranée et se charge d'humidité en route, qu'il rend ensuite en grisaille et en pluies parfois abondantes. Plus fréquent au printemps et à l'automne.

Les reconnaître sans instrument

Le ciel tranche plus vite qu'une girouette. Si le vent souffle et que l'horizon devient d'une netteté presque irréelle, c'est un vent du nord — mistral ou tramontane selon l'endroit où vous vous tenez. Si le vent souffle et que le ciel se couvre d'un gris bas et tiède, c'est le marin.

La température aide aussi. Les deux premiers refroidissent sensiblement l'air même en plein été ; le marin, lui, est plutôt doux et moite.

Pourquoi deux noms pour des vents cousins

Parce qu'ils ne concernent pas les mêmes gens. Un vent qui façonne les toitures, les haies et les habitudes d'une région finit par y recevoir son propre nom. Le mistral est provençal, la tramontane languedocienne et catalane : deux manifestations d'un même phénomène, nommées par deux populations différentes.

Les deux noms disent d'ailleurs à peu près la même chose de leur force. Mistral vient de l'ancien provençal maestral, le vent maître, formé sur le latin magister.

Un habitant du Sud ne consulte pas d'application pour savoir lequel souffle : il ouvre un volet. Au bout de quelques saisons, la différence s'entend avant de se voir.