Les villages perchés du Vaucluse
On les photographie tous de la même façon, de loin, au couchant. Vus de près, ils n'ont pourtant pas grand-chose en commun : ni la même pierre, ni la même couleur, ni la même raison d'être là.

Pourquoi perchés
Bâtir en hauteur n'était pas un choix esthétique. Un éperon rocheux se défend mieux qu'une plaine, se voit de loin, et laisse les terres cultivables en bas plutôt que de les occuper. Les maisons se serrent, les ruelles se font étroites — ce qui, accessoirement, crée l'ombre dont on parle tant.
Le résultat se visite à pied, et seulement à pied. C'est un point à savoir avant de partir : le stationnement est en contrebas, la montée est raide, et les pavés méritent autre chose que des semelles lisses.
Cinq villages et ce qui les distingue
Le Vaucluse compte sept communes classées parmi les Plus Beaux Villages de France, dont cinq situées dans le parc naturel régional du Luberon. En voici quelques-unes, avec ce qui les sépare.
- Gordes
- Le plus photographié, bâti sur un éperon rocheux dont les maisons semblent empilées les unes sur les autres. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France. C'est aussi le plus fréquenté : venir tôt change tout.
- Roussillon
- L'exception chromatique. Le village est posé sur l'un des plus importants gisements d'ocre au monde, et ses façades en portent toutes les nuances, du jaune au rouge sombre. Classé également.
- Ménerbes
- Bâti sur un éperon allongé, il s'étire plutôt qu'il ne s'empile. Classé lui aussi, il a longtemps attiré peintres et écrivains.
- Bonnieux
- Moins pour le village que pour ce qu'on voit depuis le village : un panorama sur la plaine du Calavon, les monts de Vaucluse et, par temps clair, le mont Ventoux.
- Oppède-le-Vieux
- Le plus singulier. En partie délaissé pendant des décennies puis progressivement relevé, il garde quelque chose d'inachevé que les autres ont perdu.
Les voir correctement
La lumière compte plus que l'heure d'ouverture. En milieu de journée, le soleil tombe à la verticale et écrase tout : la pierre devient blanche, les ruelles perdent leur profondeur. Tôt le matin ou après dix-huit heures, le relief revient et les ocres de Roussillon se mettent à exister.
Visitez-en deux dans la journée, pas cinq. Ils se ressemblent assez pour que l'enchaînement les confonde, et chacun demande une heure de marche lente pour qu'il s'y passe quelque chose.
Ces villages ont été construits pour voir venir. C'est resté leur meilleur usage : s'asseoir en haut, regarder la plaine, et comprendre d'un coup pourquoi la lumière d'ici occupe tant de peintres.